Pourquoi envisager la géothermie sur nappe en Seine-Saint-Denis ?
Face à la hausse des coûts énergétiques et aux objectifs de décarbonation des bâtiments, la géothermie de surface s’impose progressivement comme une solution de chauffage et de rafraîchissement pertinente en milieu urbain dense. En Seine-Saint-Denis, département fortement urbanisé de la petite couronne parisienne, les maîtres d’ouvrage — collectivités, aménageurs, bailleurs sociaux ou entreprises — s’interrogent de plus en plus sur la viabilité technique et réglementaire des systèmes exploitant les eaux souterraines.
La pompe à chaleur géothermique sur nappe, dite PAC eau/eau, repose sur un principe simple : puiser de la chaleur (ou de la fraîcheur) dans une nappe phréatique, la transférer vers le bâtiment via un échangeur, puis restituer l’eau à la nappe par un puits de réinjection. Cette technologie offre des coefficients de performance (COP) élevés, supérieurs à ceux des systèmes air/air, à condition que le sous-sol présente des caractéristiques hydrogéologiques favorables.
Contexte géologique et hydrogéologique du département 93
Le sous-sol de la Seine-Saint-Denis est marqué par la stratigraphie typique du Bassin parisien : alluvions de la Seine et de la Marne en fond de vallée, recouvertes de limons et de remblais anthropiques souvent épais compte tenu de l’histoire industrielle du territoire. Ces alluvions constituent des aquifères alluviaux peu profonds, globalement productifs, mais dont la qualité de l’eau peut varier significativement selon les secteurs, notamment à proximité d’anciens sites industriels ou de zones de remblais.
Au-delà des alluvions, on rencontre des formations calcaires du Lutétien et du Yprésien, plus profondes, susceptibles d’alimenter des captages de plus grande capacité. La présence de nombreux sites et sols pollués hérités de l’activité industrielle du département — en particulier dans les communes de la plaine de France ou le long des berges de la Seine — impose une vigilance particulière lors de toute perforation du sol. Une étude hydrogéologique préalable est indispensable pour caractériser précisément la ressource et les contraintes associées.

Les systèmes géothermiques disponibles : PAC eau/eau, verticale ou horizontale ?
Plusieurs technologies peuvent être envisagées selon la configuration du projet :
- La PAC eau/eau sur nappe (doublet géothermique) : un forage capte l’eau de la nappe et un second forage la réinjecte après échange thermique. Ce système est particulièrement adapté aux bâtiments de taille moyenne à grande disposant d’une surface foncière suffisante pour implanter deux forages distincts.
- La géothermie verticale par sondes géothermiques : des forages verticaux, généralement entre 50 et 200 mètres de profondeur, accueillent des sondes dans lesquelles circule un fluide caloporteur. Ce système n’exploite pas directement l’eau souterraine mais la chaleur du terrain. Il est soumis à une réglementation distincte et nécessite souvent un test de réponse thermique (TRT) pour dimensionner correctement le champ de sondes.
- La géothermie horizontale : des capteurs enterrés à faible profondeur (entre 0,60 et 1,20 m) exploitent la chaleur de surface du sol. Cette solution nécessite de grandes surfaces disponibles, difficiles à réunir dans un tissu urbain dense comme celui de la Seine-Saint-Denis.
Pour les projets urbains denses du 93, la PAC eau/eau ou la géothermie verticale avec sondes constituent généralement les options les plus réalistes. Le choix final dépend du débit disponible dans la nappe, de la qualité chimique de l’eau, de la puissance thermique nécessaire et des contraintes de surface.
Cadre réglementaire applicable en Île-de-France
La géothermie de surface est encadrée par le Code de l’environnement, notamment ses articles relatifs aux travaux souterrains et à l’utilisation des eaux souterraines. En pratique, plusieurs régimes s’appliquent selon la profondeur et la puissance du système :
- Géothermie de minime importance (GMI) : définie par le décret n° 2015-1000 du 27 juillet 2015, elle concerne les installations dont la profondeur est inférieure à 200 mètres et la puissance thermique inférieure à 500 kW. Ces projets font l’objet d’une déclaration simplifiée auprès du préfet de département, selon les modalités fixées par l’arrêté du 25 juin 2015. En Seine-Saint-Denis, cette déclaration est instruite par la Direction Régionale et Interdépartementale de l’Environnement, de l’Aménagement et des Transports (DRIEAT) d’Île-de-France.
- Régime de la Loi sur l’Eau : dès lors que le prélèvement en nappe dépasse certains seuils (rubrique 1.1.1.0 de la nomenclature annexée à l’article R. 214-1 du Code de l’environnement), le projet est soumis à déclaration ou à autorisation environnementale. Un dossier technique complet, incluant une étude hydrogéologique, est alors requis.
- Réglementation sur les forages domestiques : pour tout forage, même à usage non domestique, la déclaration en mairie prévue à l’article L. 411-1 du Code de l’environnement s’applique.
Par ailleurs, en Île-de-France, le Schéma Directeur d’Aménagement et de Gestion des Eaux (SDAGE) Seine-Normandie impose des prescriptions spécifiques pour la protection des masses d’eau souterraine. Tout projet de géothermie sur nappe doit démontrer sa compatibilité avec les objectifs de bon état écologique et chimique de la ressource.

Les étapes clés d’une étude de faisabilité géothermique
Une étude de faisabilité sérieuse se déroule en plusieurs phases complémentaires :
- Phase 1 — Analyse documentaire : consultation des bases de données BSS (Banque du Sous-Sol du BRGM), analyse des cartes géologiques, vérification de la présence éventuelle de sites et sols pollués référencés (BASIAS, BASOL) susceptibles d’affecter la qualité de la nappe.
- Phase 2 — Reconnaissance de terrain : réalisation ou interprétation d’un forage de reconnaissance permettant de caractériser la lithologie, la profondeur de la nappe, le débit potentiel et la qualité chimique de l’eau.
- Phase 3 — Test de réponse thermique (TRT) : pour les projets recourant à des sondes géothermiques verticales, le TRT mesure la conductivité thermique et la résistance du terrain, données indispensables au dimensionnement du champ de sondes. Ce test est réalisé sur un forage pilote pendant 48 à 72 heures minimum.
- Phase 4 — Dimensionnement et modélisation : à partir des données acquises, le bureau d’études dimensionne le système (puissance, nombre de forages, espacement), modélise l’impact thermique sur la nappe et vérifie la conformité réglementaire.
- Phase 5 — Constitution du dossier réglementaire : rédaction du dossier de déclaration ou d’autorisation au titre de la Loi sur l’Eau, ou du dossier GMI selon le régime applicable.
Synthèse et accompagnement par HYDPOLL
La géothermie sur nappe en Seine-Saint-Denis représente une opportunité réelle pour les projets de construction neuve ou de rénovation énergétique, à condition de s’appuyer sur une expertise hydrogéologique rigoureuse. La densité urbaine, l’héritage industriel du territoire et la complexité du cadre réglementaire francilien exigent une approche méthodique, de l’analyse documentaire jusqu’au dépôt du dossier auprès des autorités compétentes. Le bureau d’études HYDPOLL intervient en Seine-Saint-Denis et dans l’ensemble de l’Île-de-France pour réaliser vos études de faisabilité géothermique, vos tests de réponse thermique et vos dossiers réglementaires. Contactez nos équipes pour bénéficier d’un premier échange technique sur votre projet.
Questions fréquentes
Faut-il une autorisation spéciale pour installer une PAC eau/eau en Seine-Saint-Denis ?
Oui. Tout prélèvement d’eau souterraine est soumis à la réglementation issue du Code de l’environnement. Selon le débit prélevé, le projet relève d’une déclaration ou d’une autorisation au titre de la Loi sur l’Eau (rubrique 1.1.1.0 de la nomenclature). Pour les systèmes de faible puissance (moins de 500 kW et moins de 200 m de profondeur), le régime simplifié de la géothermie de minime importance (GMI) s’applique, avec déclaration auprès du préfet. En Île-de-France, l’instruction est assurée par la DRIEAT.
Qu’est-ce que le test de réponse thermique (TRT) et est-il obligatoire ?
Le test de réponse thermique (TRT) est un essai réalisé sur un forage pilote pendant au minimum 48 à 72 heures. Il mesure la conductivité thermique du terrain et la résistance thermique du forage, deux paramètres indispensables pour dimensionner correctement un champ de sondes géothermiques verticales. Il n’est pas systématiquement imposé par la réglementation, mais les bureaux d’études et les fabricants de pompes à chaleur le recommandent fortement pour tout projet dépassant une puissance significative, afin d’éviter un sous-dimensionnement ou un surdimensionnement coûteux.
La qualité de l’eau souterraine peut-elle bloquer un projet de géothermie sur nappe en Seine-Saint-Denis ?
La qualité chimique de l’eau est un facteur déterminant. En Seine-Saint-Denis, certains secteurs présentent des nappes potentiellement impactées par l’héritage industriel du territoire (hydrocarbures, métaux lourds, solvants chlorés). Une eau agressive ou chargée en fer peut endommager les échangeurs et les forages. Une analyse physico-chimique complète est donc indispensable en phase de faisabilité. Si la qualité est incompatible avec une exploitation directe, des solutions alternatives comme la géothermie verticale sur sondes peuvent être envisagées.
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