Anciennes usines textiles, dépôts pétroliers, ateliers de mécanique, papeteries : l’agglomération de Rouen et la vallée de la Seine concentrent un patrimoine industriel dense, dont une partie est aujourd’hui à l’arrêt. Reconvertir ces friches industrielles — en logements, bureaux, équipements publics ou zones d’activités — suppose une étape incontournable : le diagnostic de pollution des sols. Il permet de savoir ce que le sous-sol a gardé de son passé, de sécuriser juridiquement l’opération et d’adapter le projet aux contraintes réelles du site. Voici comment se déroule cette démarche en Seine-Maritime, et pourquoi elle conditionne la réussite d’une reconversion.
Rouen et la vallée de la Seine : un héritage industriel dense
L’axe Seine, de Rouen au Havre, a été l’un des grands corridors industriels français : pétrochimie, raffinage, textile, papeteries, teintureries, fonderies et activités portuaires s’y sont succédé pendant plus d’un siècle. Beaucoup de ces activités ont laissé des traces dans les sols et parfois dans les eaux souterraines, bien après la fermeture des installations.
Les bases de données publiques (inventaires historiques des sites industriels et sites pollués appelant une action des pouvoirs publics, consultables sur Géorisques) recensent de nombreux sites d’activités anciennes dans l’agglomération rouennaise et le long de la Seine. Certaines emprises sont par ailleurs classées en Secteur d’Information sur les Sols (SIS), ce qui impose des obligations spécifiques en cas de changement d’usage.
Le contexte naturel compte aussi : les plateaux crayeux du Pays de Caux et les alluvions de la vallée de la Seine hébergent des nappes exploitées pour l’eau potable. La craie, fissurée et karstifiée par endroits, peut transférer rapidement une pollution vers la nappe. Évaluer ce risque de migration fait partie intégrante du diagnostic.
Pourquoi diagnostiquer les sols d’une friche avant tout projet ?
Le diagnostic de pollution répond à plusieurs enjeux complémentaires. D’abord un enjeu sanitaire : vérifier que l’usage futur (habitat, école, bureaux, espaces verts) sera compatible avec l’état des sols, notamment vis-à-vis des populations sensibles. Ensuite un enjeu financier : le coût d’une éventuelle dépollution ou de la gestion des terres excavées peut peser lourdement sur le bilan d’une opération ; le connaître avant l’acquisition permet de négocier ou d’ajuster le projet. Enfin un enjeu réglementaire : sur une ancienne Installation Classée pour la Protection de l’Environnement (ICPE), la cessation d’activité et la remise en état obéissent à des procédures encadrées, et un terrain en SIS impose une attestation de prise en compte de la pollution lors des demandes d’urbanisme.
Avec les objectifs nationaux de sobriété foncière, la reconversion des friches devient par ailleurs un levier privilégié d’aménagement : anticiper la question des sols, c’est fiabiliser le calendrier et le budget de l’opération.
Comment se déroule un diagnostic de pollution sur une friche ?
La démarche suit la méthodologie nationale de gestion des sites et sols pollués et les prestations codifiées par la norme NF X31-620, référentiel de certification des bureaux d’études du domaine.
Phase 1 : l’étude historique et documentaire
Elle reconstitue la vie du site : activités successives, implantation des ateliers, cuves et zones de stockage, incidents connus, à partir des archives, photographies aériennes anciennes et bases de données publiques. Elle s’accompagne d’une étude de vulnérabilité du milieu (géologie, sens d’écoulement de la nappe, usages de l’eau à proximité). Cette phase aboutit à un schéma conceptuel préliminaire identifiant les sources potentielles de pollution et les enjeux à protéger.
Phase 2 : les investigations de terrain
Des sondages de sols sont réalisés au droit des zones suspectes, avec prélèvements d’échantillons analysés par un laboratoire accrédité COFRAC. Selon le contexte, des piézomètres permettent de contrôler la qualité des eaux souterraines, et des mesures de gaz du sol d’évaluer les risques liés aux composés volatils. Les résultats sont interprétés au regard de l’usage futur envisagé et permettent de préciser le schéma conceptuel du site.
Quels polluants recherche-t-on sur une friche rouennaise ?
Le programme analytique est adapté à l’historique du site. Sur les friches de la vallée de la Seine, on recherche fréquemment : les hydrocarbures pétroliers (carburants, fiouls, huiles), les Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques (HAP), typiques des activités de combustion, des goudrons et des remblais anciens, les métaux et métalloïdes (plomb, arsenic, zinc, mercure…), les solvants chlorés issus du dégraissage industriel ou du nettoyage à sec, particulièrement mobiles vers les nappes, et selon les cas les PCB ou l’amiante dans les remblais de démolition. Les remblais hétérogènes, très répandus sur les sites industriels anciens, font l’objet d’une attention particulière car ils concentrent souvent plusieurs familles de polluants.
Du diagnostic au plan de gestion : sécuriser la reconversion
Si les investigations révèlent une incompatibilité entre l’état des sols et l’usage projeté, un plan de gestion définit les mesures à mettre en œuvre : excavation et évacuation des terres impactées vers des filières adaptées, confinement, traitement in situ, ou dispositions constructives (dalles, vides sanitaires ventilés, gestion des terres sur site). L’objectif est de rétablir la compatibilité entre l’état du site et son usage futur, au meilleur équilibre technique et économique. Une Analyse des Risques Résiduels (ARR) peut ensuite démontrer que les mesures retenues protègent effectivement les futurs occupants.
HYDPOLL, bureau d’études certifié dans le domaine des sites et sols pollués, accompagne les porteurs de projets à chaque étape depuis son agence de Rouen : étude historique, diagnostic de pollution des sols en Seine-Maritime, plan de gestion et suivi des travaux de dépollution.
FAQ : diagnostic de friche industrielle en Seine-Maritime
Qui doit payer le diagnostic : le vendeur ou l’acquéreur ?
Il n’y a pas de règle unique : sur une ancienne ICPE, la remise en état incombe au dernier exploitant, mais dans une transaction, le diagnostic est souvent commandé par l’acquéreur ou l’aménageur pour sécuriser son projet. La répartition des coûts d’une éventuelle dépollution se négocie contractuellement.
Combien coûte un diagnostic de pollution des sols ?
Le coût dépend de la surface du site, de son historique et du nombre de sondages et d’analyses nécessaires : il s’établit sur devis, après un premier échange sur le projet et l’historique du terrain.
Un terrain en SIS peut-il être construit ?
Oui, dans la plupart des cas : le classement en SIS n’interdit pas la construction, mais impose de faire réaliser une étude de sols et de prendre en compte la pollution dans le projet, avec une attestation établie par un bureau d’études certifié jointe au permis de construire.
Combien de temps faut-il prévoir pour la démarche ?
La durée varie selon l’accessibilité du site, l’ampleur des investigations et les délais d’analyses en laboratoire. Sur une friche, il est prudent d’intégrer le diagnostic très en amont du calendrier de l’opération, dès les études de faisabilité.